Etre éducatrice en Australie, à Brisbane

Alors que je m’apprête à quitter mon travail, je souhaitais revenir sur cette expérience professionnelle atypique : être éducatrice en Australie !

Pour vous donner un peu de contexte, j’ai suivi en France une formation d’éducatrice de jeunes enfants pendant 3 ans. J’ai ensuite travaillé dans des lieux d’accueils variés (foyer de l’enfance, crèche, jardin maternel) en tant qu’éduc’ et directrice, pendant 3 ans.

Après avoir fait 1001 petits boulots aussi intéressants qu’ingrats, ici en Oz, je n’aurais jamais cru pouvoir travailler dans mon domaine ! Et pourtant … J’ai tenté ma chance en répondant à l’annonce d’une école bilingue en banlieue de Brisbane. Au diable les diplômes, la seule compétence demandée étant « savoir parler français » !!

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En commençant ce job, je n’avais donc que très peu d’info au sujet de ce qui m’attendait. J’avais compris que je serais en charge de la supervision des devoirs de Français pendant 3h après l’école, 3 jours par semaine, ainsi que de la mise en place d’activités, pour des enfants de 6 à 11 ans. Ici, les educators sont souvent des jeunes qui veulent devenir professeurs des écoles. On pourrait donc rapprocher ce job d’un savant mélange d’éducateur, de surveillant et d’animateur.

Les premières séances m’ont permis de découvrir les enfants ainsi que leurs niveaux. Et de comprendre qu’il serait extrêmement difficile d’accompagner de manière individuelle 7-8-10 enfants (pas forcément les mêmes d’un jour à l’autre qui plus est) n’ayant absolument pas la même maîtrise du Français, en 45 minutes !!

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D’autre part, j’ai été assez surprise de constater que les enfants avaient certes un cahier de devoirs mais pas de leçons ! Tout se faisant à l’oral, en classe, il m’a été difficile de comprendre où les enfants en étaient, ce qui devait être acquis, quelles méthodes leurs professeurs utilisaient, etc. De ce fait, j’ai eu parfois l’impression que les enfants ne comprenaient pas bien ce qu’on leur demandait … Ils avaient par exemple, de manière hebdomadaire, des mots à recopier 3 fois, dont ils ne maîtrisaient ni le sens ni l’emploi …

 

 


Spécificités made in Oz 

◊ Le ratio

Une de mes plus grande surprise concerne le ratio ! J’étais habituée à 1 professionnel.le pour 5 enfants qui ne marchent pas ou 1 pour 8 qui marchent en France, dans la petite enfance. Ici, c’est 1 pour 15 !! Fort heureusement, je ne faisais pas partie du ratio et j’ai eu pour habitude d’avoir seulement un groupe d’une dizaine d’enfants sous ma responsabilité.

Walkie talkie headcount

Moi qui croyais en avoir fini avec ces fu****g walkie talkie en quittant les fermes … J’ai eu la joie de constater que nous travaillions avec, afin de communiquer entre-nous depuis les différents espaces de l’école (la salle principale, le préau, le stade, la bibliothèque, les jeux extérieurs, les WC). Imaginez-vous tenter de vous concentrer en essayant d’expliquer du français dans le calme ou encore discuter avec un parent lorsque le talkie hurle du slang que je ne comprends pas, capte les conversations (et les insultes !) des ouvriers du chantier voisin, que l’on vous demande si tel enfant est avec vous, etc. J’ai donc eu ces talkie en horreur et entre les fois où ma batterie était à plat et celles ou je baissais le volume au minimum, je pense que j’ai du rendre mes collègues complètement dingues !

Le headcount quant à lui, devait être fait toutes les 30 minutes … Imaginez une salle exiguë avec 80 enfants et pré ados surexcités, qui ont fini les cours et n’ont qu’une envie : sortir jouer dehors, alors que vous leur demandez de « stand still » ou « freeeeeeeze please » pour réussir à les compter … J’étais bien contente d’être entouré de mon petit groupe d’enfant à la bibliothèque  et de ne pas perdre 15 minutes chaque demi heure pour ce headcount.

◊ Inversion des rôles et French team

J’ai trouvé très enrichissant l’inversion des rôles que j’ai pu observer parfois. En effet, je suis loin d’être bilingue, mes étudiant.es ont donc parfois été surpris.es et amusé.es lorsque je ne comprenais pas ce que l’on me demandait … Le statut de « prof » ou encore  de « tutor » pourrait donner une impression de maîtrise du savoir mais ce n’est pas là ma vision de l’éducation et de la transmission. Je ne me gênais donc pas pour demander à mes étudiante.e.s la traduction de certains mots ou encore des informations au sujet du fonctionnement de leur école et de l’enseignement en Australie.

D’autre part, j’ai été fasciné de découvrir le lien qui unissait les enfants parlant Français. Lorsque nous étions dans l’enceinte de l’école, j’ai toujours fait l’effort de parler anglais afin de pouvoir discuter avec d’autres élèves que mes étudiant.e.s et de ne pas mettre mes collègues à l’écart. Néanmoins, dès lors que je m’adressais à un.e french speaker, celles-ci switchaient immédiatement en Français, en éclatant de rire. Leur vécu d’expatrié.e.s, leurs capacités à parler plusieurs langues ont fait que j’ai clairement pu observer un phénomène de French team.

◊ Un brin de puritanisme ?

« It’s not appropriate ». Combien de fois ai-je entendu cette phrase, avec les yeux ronds et les joues enflammées qui vont avec … J’ai été relativement surprise de découvrir des enfants plein de tabous.

En pleine séance de mimes, E. (7 ans) pioche « aller aux toilettes ». Elle me regarde effarée en me disant qu’on ne peut pas faire ça en tant qu’enfant !

– Mais E. tout le monde va aux toilettes tu sais. Moi, toi, tout le monde ici. Mais c’est ok si tu ne veux pas le faire. Tu peux piocher un autre papier.

– Non il faut le jeter. C’est vraiment inapproprié, on ne peut pas faire ça avec des enfants tu sais … C’est grave.

Lorsqu’un jour, A. (9 ans) lit « Un bébé dans le ventre de Maman » elle vient immédiatement me voir pour me remettre un objet « totalement inapproprié ». Il s’agit d’un livre de Stéphanie Blake, autrice jeunesse reconnue. Je lui demande ce qui la choque et elle me pointe les mots « petite graine », « zézette », « zizi » … On a frôlé le drame. J’ai eu bien du mal à expliquer qu’il n’y avait rien d’honteux à tout ça, mais que c’était compréhensible de ne pas vouloir en parler, devant ses copains.copines de classe qui plus est. J’ai esquivé le débat sur « comment on fait les bébés » car j’avais vraiment peur de ne pas avoir le même niveau d’inhibition que mes élèves …

◊ Des enfants sous médication

C. (12 ans) m’a accueilli lors de mon premier jour par un « are you a fucking lesbian bitch ? ». En plus de tomber des nues devant tant de vulgarité, qu’elle ne fut pas ma surprise lorsqu’une de mes collègues m’a répondu « C’est ok, on t’expliquera. Il prends des médicaments ».

Pas moins de trois enfants dans notre service était sous médication, plutôt lourde. Âgés de 6, 8 et 12 ans, ces enfants présentaient des troubles de l’attention ainsi que du comportement. On m’a parlé de « oppositionnal defiant disorder » (ODD) en guise de diagnostic pour ces derniers. Si je me réfère au site de santé du gouvernement, voici les symptômes :

  • Become easily angered, annoyed or irritated

  • Argue frequently with adults, particularly the most familiar adults in their lives such as parents

  • Refuse to obey rules

  • Have low self-esteem

Les ODD étant courant d’après mes collègues, j’ai eu bien du mal à me positionner par rapport à ça. Si j’en crois cette liste de symptôme, cet ODD m’apparaissant comme une bonne vieille crise d’adolescence …


Les missions, au quotidien

Concrètement, j’ai donc accompagné un groupe plutôt homogène, d’une dizaine d’enfants. La première partie de mon job était donc consacré à la supervision des devoirs. Après quelques mois pour que mes petites étudiantes s’imprègnent des règles et que je m’adapte à leurs niveaux respectifs, cette partie du job a été une vraie partie de plaisir. Dans un second temps, je devais proposer des activités. J’ai clairement eu carte blanche sur cette partie et c’est avec bonheur que nous avons développé tout un tas d’activité créatives : concert, tournoi de mimes, mise en scène de livre, écriture de pièce de scène/pièce de théâtre, gymnastique, spectacle de danse, ect.

Après 6 mois de bons et loyaux services, j’avoue que j’ai été triste de quitter mes étudiantes. Cette expérience a été très enrichissante et m’a donné envie de poursuivre cette reconversion en tant que professeur de FLE.

Avez-vous eu des expériences similaires dans le domaine du social, de l’enfance, de l’éducation dans un autre pays ?

Comment avez-vous géré les différences culturelles si vous en avez rencontré ?

Si vous avez un blog avec vos expériences d’expatriés et/ou de professeurs de FLE, n’hésitez pas à me laisser un commentaire ! Je me ferais un plaisir d’aller y jeter un oeil …

 

 

7 réflexions sur “Etre éducatrice en Australie, à Brisbane

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