Brève de confinement : ce que le nomadisme m’a appris

Article précédemment publié sur le site de Lucie, Enough : Brève de confinement, ce que le nomadisme m’a appris. Avec les notes de Lucie, c’est encore mieux !

 

J’ai peu l’habitude de traiter de sujet d’actualité ici, pour la simple et bonne raison que ce n’est pas la thématique de ce blog. Et puis, il y a eu une pandémie mondiale de Covid-19. A l’heure où j’écris ces lignes, 3.6 milliards d’êtres humains sont confinés, dans 90 pays.

En lisant l’appel à témoignages de Lucie (du blog Voyages et Vagabondages et Enough), j’ai eu envie de partager mon ressenti. En lisant ses mots, au sujet de la culpabilisation, la hiérarchie des émotions : j’ai senti que cela résonnait en moi.

En effet, en échangeant avec mes proches, j’ai senti que je ne vivais pas ce confinement comme eux. Moins angoissée, plus libre, moins impactée, plus protégée. Et en discutant avec des nomades / voyageurs longue durée, j’ai compris que nous avions déjà vécu, de près ou de loin, des problématiques liées au confinement lors de nos errances.


  • Vivre dans la peur qu’il arrive quelque chose à quelqu’un

Lorsque l’on s’envole à 17 000 kilomètres de chez soi, c’est l’une des premières pensées. Et si ce voyage vous coûtait les derniers moments passés avec un être cher ? Et si vous n’aviez pas assez d’argent pour revenir au plus vite ? Et si, après 24 heures de vol, vous arriviez trop tard ?

J’ai vécu pendant presque 4 ans avec ces pensées en tête, pour ma famille. J’ai eu la chance de n’avoir eu à déplorer que quelques frayeurs mais pas d’horrible nouvelle. En voyage, on apprend à se rassurer, à relativiser. A se dire : à quoi bon penser au pire ? On avisera au moment venu.

Je croise les doigts aujourd’hui pour qu’il se passe exactement la même chose. Que mes simples ondes positives soient suffisantes. Je reconnais bien volontiers mes privilèges : ceux de savoir que mes proches ne sont pas seuls, en sécurité et avec de la ressource le cas échéant. J’ai bien conscience que ce phénomène de pandémie est beaucoup plus vicieux que ce que l’on pourrait nommer « des accidents » de la vie. N’empêche, j’ai l’impression d’avoir apprivoisé la vie avec cette angoisse désormais.

  • Vivre loin de ses proches

Ceci fait écho au point précédent. Ne pas vivre dans la même ville, le même pays ou parfois même sur le même continent vous met un poids dans le cœur. C’est la garantie de passer des Noëls différents, des anniversaires en solo ou bien tout simplement des petits bonheurs de la vie quotidienne sans partage (ou avec un partage différé disons !).

Ce virus nous a, temporairement, éloigné les uns des autres. Des familles se retrouvent « coupées en deux », des amants sont séparés. Et nous tâchons de nous occuper, en apprivoisant chaque jour un peu plus le manque et l’absence. Sur la route, c’est clairement le revers de la médaille. Si le nomadisme avait un prix à payer, alors ça serait celui-ci.

  • Vivre la solitude

Nous ne sommes pas tous égaux face à cela. Il y a celleux qui sont introvertis, pour qui cette solitude est à chérir, toujours en quête de la préserver. Mais aussi celleux qui vivent la liberté comme un moyen de briser cette solitude, pour aller à la rencontre des autres. Je n’ai jamais su exactement de quelle team je faisais partie, mais j’ai plus souvent voyagé en solitaire.

 

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Actuellement pour certain.e, c’est peut-être une découverte de se retrouver seul.e, face à soi. Vivre la solitude n’est jamais évident : il faut s’apprivoiser, réfléchir sans être submergé par ses émotions et angoisses, pouvoir trouver de la ressource au plus profond de soi. Et pourtant, lorsque cette expérience est positive, quel bonheur de se trouver. De comprendre que notre meilleur allié, c’est et ce sera toujours nous-même. Que peu importe les épreuves sur le chemin, votre chambre à vous sera toujours (au moins), dans un petit coin de votre tête.

  • Vivre pour les instants de partage 2.0

Je me réjouis de voir fleurir un tas de bonnes idées rendues possible grâce à nos technologies modernes. Des cours de sport en vidéos, des apéros facetime entre amis, des discussions What’s App en famille qui n’en finissent plus, des live de musique sur Youtube etc. Pour continuer de se divertir et se sentir proche, la communication numérique n’a de limite que notre créativité.

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Crédits photo : Away We Roam

Et cela me rappelle tous ces moments partagés aux 4 coins du monde. Détailler ses aventures via photos et vidéos, chérir les fous rires avec nos amis, qui nous semblent toujours trop peu présent, effectuer des calculs savants pour braver les fuseaux horaires. A contrario, quelle double peine lorsque vous êtes isolé « digitalement » parlant ! Seul.e et sans connexion, sans possibilité de communiquer avec vos proches, tant pour en donner que recevoir leurs nouvelles …

« Loin des yeux loin du cœur » ? Cette maxime n’a jamais sonné aussi faux, tant nous nous sentons proches et toustes dans la même galère.

  • Vivre avec un.e « quaranteam« 

Par une série de hasards de la vie et autres rebondissements personnel, je me retrouve confiné avec la personne avec qui j’ai voyagé/vécu pendant 1 an. Nous avons notamment cohabité pendant de nombreuses semaines dans un véhicule aménagé. La promiscuité, les compromis, le respect de l’espace (réduit !) de l’autre, la vie H24 ensemble sont autant de compétences que j’ai appris à développer en voyage. Dans un contexte certes, beaucoup plus plaisant … Je me rends compte de la chance d’avoir un.e partenaire sur qui on peut compter lorsque l’on s’embarque pour des semaines sans intimité. Ajoutez à cela le poids du quotidien, la routine et la prise de repères dans une vie sédentaire que l’on ne connaît pas …

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Ces épreuves renforcent votre complicité et cette sensation bénie de compter pour/ pouvoir compter sur quelqu’un. J’ai fait le même constat sur la route : les duos et autres team volent en éclat ou se retrouvent plus soudées que jamais.

  • Vivre en expérimentant la slow life

Réfléchir, sans forcément agir. Être ancrée. Profiter de l’instant présent. J’ai eu beau expérimenté la slow life, j’arrive encore (même en période de confinement oui oui) à me noyer dans mes to do list. Et pourtant, il me semble tellement important de reconsidérer notre rapport au temps. J’ai clairement pu bénéficier de cette prise de recul durant les dernières années. Comment vit-on sa vie lorsque l’on a le temps ? Quand nous arrêtons de courir, que nous prenons le temps de nous poser les bonnes questions.

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  • Vivre en étant moins productif et plus créatif

Mettre son activité professionnelle en pause, c’est aussi avoir l’opportunité de développer des capacités jusqu’alors sous exploitées voir inconnues. Comme évoqué dans le point précédent, temps et productivité sont liés. On nous a appris à travailler vite, à être rentable. Or, dès lors que l’on ôte ce qui constitue votre activité principale pour percevoir un revenu, le champ des possibles s’offrent à vous.

Ce temps de confinement peut par exemple être l’occasion de renouer avec d’anciennes passions, voir de s’en trouver de nouvelles. Sur la route, c’est pareil : libérés de vos contraintes, votre esprit et créativité peuvent alors s’exprimer de nouveau. Apprendre à jouer d’un instrument, perfectionner une langue vivante, dessiner, jardiner, cuisiner … Et vous, qu’est-ce qui vous fait vibrer en ce moment ?

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  • Vivre plus en accord avec la Nature

Je me devais de finir sur cette note engagée. Rien ne me fait plus plaisir que d’être témoin de changements d’habitudes autour de moi. Ou bien juste de prises de conscience. Je vois Instagram se remplir de recettes naturelles homemade pour prendre soin de soi ; de personnes se formant à la permaculture ; de sensibilisation à l’alimentation végétarienne et végane.

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Je suis joie. C’est en voyage que j’ai appris à vivre en étant plus respectueuse de la Nature. En arrêtant de considérer mes actes comme isolés et sans rapport entre-eux, sans incidence sur l’environnement. Cette pandémie est bien une ultime alerte : nos modes de vie et de consommation dans cette société capitaliste conduisent à notre perte. Non, nous ne pouvons plus faire comme si nous n’étions pas au courant. Oui, il est impératif de revoir, chacun à notre niveau, nos modes de vies.

Avez-vous changé quelques-unes de vos habitudes (dans ce contexte de Covid-19 ou bien en voyage) ?


Cette pandémie est sans précédent, c’est indéniable. La gestion de cette crise, du point de vue de nos existences, également. Pour autant, plus les semaines confinées s’écoulent, plus je retrouve des « automatismes » et mindset de ma vie nomade. Je n’aurais pourtant jamais cru revivre ces réminiscences en étant sédentaire as fuck. 

Et vous les voyageurs ? Les nomades ? Quels enseignements que vous avez pu tirer sur la route font écho dans votre vie de confinés aujourd’hui ?

Je vous souhaite à toustes d’être safe et d’appréhender cette étrange période au mieux. Merci Lucie d’avoir ouvert cette plateforme d’expression. A vos témoignages !

Au plaisir de vous lire,

 

 

3 réflexions sur “Brève de confinement : ce que le nomadisme m’a appris

  1. Ana

    Merci pour cet article, il est vraiment très chouette ! Et c’est un point de vue très intéressant. Je n’aurai jamais pensé à faire la comparaison mais en te lisant je me reconnais sur chaque point. Je retrouve chaque outil que le voyage m’a apporté et qui me permet aujourd’hui de mieux vivre le confinement seule avec mon chat aha

    Aimé par 1 personne

  2. Je me retrouve tellement dans tes mots, Marina. Même si je les ai un peu dit de mon côté aussi, il y a quand même des moments où je me sentais étrangement (trop) bien pendant le confinement. En fait, c’est tout « simplement » parce qu’en tant que voyageur.euse.s, on a déjà expérimenté tous ces moments à un instant ou à un autre de nos vadrouilles et que forcément, cela nous aide à passer ce cap difficile.

    J’apprécie vraiment la façon dont tu as su le mettre en perspective dans cet article et suis ravie d’être tombée dessus au fil de mes pérégrinations sur instagram 😉

    Bons chemins!
    Jul’

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